Fred: le héros des iguane bleues

Fred et ses amis les iguanes
Par Jean Lemire

Le Sedna IV arrivera mercredi à l’île Grand Cayman. L’équipe de tournage y est déjà. Sur les plages, les complexes hôteliers occupent presque tout l’espace. Les habitats naturels se font de plus en plus rares ici, et les animaux sauvages, victimes de ce boom immobilier, peinent à trouver refuge au milieu de cette jungle humaine.

Fred Burton est arrivé sur l’île en 1979. Ce biologiste anglais ignorait que sa vie allait être transformée à tout jamais par un impressionnant lézard aux allures préhistoriques : l’iguane bleu de Grand Cayman. Il peut atteindre près de 2 mètres de longueur et, comme son nom l’indique, il est d’un bleu océanique en période de reproduction. Il peut vivre aussi longtemps qu’un humain si on lui en laisse la chance. Mais le destin aurait pu prendre des allures de tragédies pour ce reptile, n’eût été l’intervention du biologiste anglais. Après être devenu directeur du Cayman Islands National Trust, Burton réalisa qu’il ne restait plus qu’une quinzaine d’iguanes bleus en nature! Le plus menacé de tous les iguanes de la planète n’avait presque aucune chance de survie. On le considéra même comme espèce pratiquement éteinte, tellement le pool génétique était faible et dispersé à travers l’île. Mais l’Anglais ne pouvait se résoudre à voir disparaître une des figures emblématiques de l’île. Sans grands moyens, il monta une petite équipe pour l’assister et, avec une détermination sans borne, il réussit l’une des plus remarquables histoires de conservation de la planète.

Lors d’une précédente expédition, nous avons accompagné Fred jusqu’à un lopin de terre aujourd’hui protégé de tout développement, un nouveau paradis consacré aux iguanes bleus. Fred Burton travaille avec les moyens du bord. Son campement sur le site est pour le moins rudimentaire : une vieille bâche bleue, quelques chaises, une toilette sèche. J’ai rarement travaillé aussi fort pour atteindre ce campement. Le sentier est fait de pics rocailleux acérés, entourés de plantes vénéneuses et de cactus dont les épines se sont bien enfoncées dans mes mains. Mais l’effort fut récompensé. Quand nous sommes enfin arrivés, un iguane bleu se prélassait au soleil à la porte du campement. C’était Zarko, un des plus grands iguanes relâchés dans la nature. Fred Burton l’a élevé, l’a soigné et lui a redonné sa liberté. Il espère aujourd’hui que le grand mâle trouvera des femelles pour perpétuer l’espèce dans son milieu naturel.

Depuis qu’il a entrepris de sauver cette espèce, Fred a réussi à relâcher plus de 600 iguanes en nature! Il a débuté avec un mâle et une femelle, pour ensuite créer une descendance remarquable, élevée pendant deux ans en enclos. Au jardin zoologique qui héberge son projet un peu fou, des centaines de jeunes iguanes, des œufs sous incubateur, et des enclos qui reproduisent le milieu naturel des iguanes. Certains circulent librement dans les limites du parc. D’autres, des mâles plus agressifs et territoriaux, servent de reproducteurs.

Avec Fred, nous avons relâché une vingtaine de jeunes iguanes âgés de 2 ans sur le nouveau site protégé. Chacun porte derrière la tête une série de petites billes de couleurs différentes qui permettent de différencier les iguanes entre eux. Le jour de notre expédition en fut un de grande première. Avec notre chance habituelle, nous avons pu assister à la première éclosion d’œufs d’iguane en nature! Ces œufs aujourd’hui éclos, résultats d’un accouplement entre des pensionnaires de Fred, prouvent que la grande et remarquable mission de sauvetage est désormais accomplie!

Vous auriez dû voir la tronche de la petite bête, se faufilant entre la végétation pour éviter notre caméra. Fred aussi avait une drôle de tronche. Après 23 ans d’efforts, un premier iguane est enfin né en nature. L’émotion, à l’anglaise, était au rendez-vous…

L’avenir de l’iguane bleu de Grand Cayman est probablement sauvé, grâce au courage et à la détermination d’un seul homme. Mais le sort d’autres espèces des Caraïbes demeure incertain, en raison de la forte croissance démographique observée un peu partout dans les Caraïbes. Le partage des ressources de la nature entre toutes les espèces constitue un défi important si l’on veut préserver la vie sur cette planète. Une planète en pleine crise, qui connaît le taux d’extinction d’espèces animales et végétales le plus élevé de l’histoire de la Terre.

Mais les histoires comme celle de Fred Burton nous montrent que le défi peut être relevé,
et que l’espoir de vivre en harmonie avec une nature abondante et généreuse demeure
entier.

Merci Fred!

Cliquez ici et aller à la fin de la page pour visionner le vidéo de Fred et ses protégées, les iguanes bleues

Source: Radio-Canada 100 jours pour la planète

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